Le ressenti : vérité ou tromperie du metal ?
Dans le champ de la psychologie et du développement personnel, une idée s’est largement répandue ces dernières années sur le ressenti :
« Si je ressens quelque chose, c’est que c’est vrai. »
« Si je le sens ainsi, c’est juste pour moi. »
Le ressenti est alors élevé au rang de boussole intérieure infaillible, presque d’instance de vérité absolue.
Cette approche part d’une intention louable — réhabiliter l’écoute de soi — mais elle peut conduire, paradoxalement, à de grandes confusions et parfois à de véritables impasses intérieures.
Le ressenti : une information, pas une conclusion
Un ressenti est avant tout une expérience subjective immédiate.
Il nous informe sur ce qui se passe en nous, ici et maintenant.
Mais une information n’est pas une interprétation,
et une interprétation n’est pas une vérité.
Confondre les trois revient à prendre :
un signal pour une certitude,
une réaction intérieure pour une lecture juste de la réalité,
un état émotionnel pour une décision éclairée.
Le ressenti est donc précieux, mais il n’est ni :
un verdict,
ni une preuve,
ni une autorité ultime.
Ce que la psychologie nous enseigne clairement sur le ressenti
Les recherches en psychologie cognitive et clinique sont aujourd’hui sans ambiguïté :
nos ressentis sont conditionnés.
Ils dépendent notamment :
-
de notre histoire personnelle
-
de nos blessures émotionnelles
-
de nos croyances conscientes et inconscientes
-
de notre état physiologique (fatigue, stress, hormones, système nerveux)
-
du contexte relationnel et environnemental
Ainsi :
-
ressentir de l’angoisse ne signifie pas que la situation est objectivement dangereuse
-
ressentir un malaise ne prouve pas qu’une personne est nocive
-
ressentir une ouverture ou une exaltation ne garantit pas que quelque chose est juste ou vrai
En psychologie, cela porte un nom très précis :
le raisonnement émotionnel
« Je ressens X, donc X est vrai. »
Or ce mode de raisonnement est reconnu comme l’un des plus trompeurs.
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Le glissement fréquent dans le développement personnel
Dans certains courants contemporains, le ressenti devient :
-
un critère de décision
-
un critère moral
-
un critère relationnel
-
parfois même un critère spirituel
Cela peut mener à une forme d’auto-validation permanente :
« Je ne le sens pas, donc ce n’est pas juste. »
« Je le ressens fortement, donc je sais. »
Ce glissement peut produire :
-
une difficulté à se remettre en question
-
une confusion entre intuition et projection
-
une justification émotionnelle de l’évitement
-
une spiritualisation de mécanismes de défense non reconnus
Ce n’est plus l’expérience qui est observée,
mais l’expérience qui commande.
La différence essentielle apportée par la méditation authentique sur le ressenti
La méditation véritable ne dit jamais :
« Suis ton ressenti. »
Elle dit :
« Observe le ressenti. »
Et cette différence est capitale.
Dans la méditation :
-
le ressenti devient un objet de conscience
-
il est accueilli, ressenti, traversé
-
mais il n’est ni cru aveuglément, ni rejeté
On ne cherche pas à savoir s’il est « juste » ou « faux », mais à le voir tel qu’il est : impermanent, conditionné, changeant.
C’est là que naît le discernement.
Ressenti, intuition et clarté : ne pas tout confondre
L’intuition véritable ne surgit pas d’un ressenti brut et non examiné.
Elle émerge :
-
d’un esprit apaisé
-
d’une conscience stable
-
d’un regard qui n’est plus captif de la réaction émotionnelle
Plus la conscience est claire, moins elle est esclave de ce qu’elle ressent.
Et plus elle peut accueillir les ressentis sans s’y identifier
Une phrase clé à retenir
Le ressenti est un messager, pas un maître. Un signal, pas une loi. Un contenu de l’expérience, pas la vérité de l’expérience.
En conclusion
Écouter ses ressentis est une étape nécessaire.
Les absolutiser est une erreur fréquente.
La maturité psychologique et intérieure commence lorsque :
-
le ressenti est reconnu
-
mais aussi interrogé, éclairé, contextualisé
-
et replacé dans un champ de conscience plus vaste
C’est précisément ce que permet la méditation authentique :
non pas se couper de l’expérience,
mais ne plus être prisonnier de ce que l’on ressent.
Par Bruno Lallement
Auteur, conférencier, il enseigne la méditation depuis 1987 et la pratique depuis 50 ans.
Formé en psychologie selon le mode universitaire américain, il a étudié de nombreuses traditions anciennes et fréquenté plusieurs personnalités du monde de la méditation comme Chhimed Rigzin Rinpoché, un sage hautement considéré par sa communauté.








