Aujourd’hui, la méditation est partout. Et c’est en soi une bonne nouvelle. Mais à mesure qu’elle se diffuse, son sens profond se brouille.
On voit apparaître des « défis de méditation », des « challenges en 21 jours », des objectifs de performance, de régularité forcée, parfois même de résultats garantis. Ces propositions séduisent, rassurent, donnent l’illusion d’un cadre… mais elles introduisent une confusion majeure : elles transforment la méditation en ce qu’elle n’a jamais été.
La méditation n’est pas un défi
Et elle ne peut pas le devenir sans se dénaturer.
1. L’éclairage des sagesses : méditer, ce n’est pas conquérir, c’est déposer
Dans toutes les grandes traditions contemplatives – qu’elles soient orientales ou occidentales – la méditation n’a jamais été conçue comme une épreuve à réussir.
Les sages n’ont jamais parlé de :
- gagner contre soi-même
- tenir bon malgré soi
- atteindre un score de jours consécutifs
- se dépasser par la volonté
Au contraire, ils ont toujours pointé le paradoxe fondamental de la méditation :
Ce que l’on cherche à obtenir empêche précisément ce qui peut advenir.
La méditation commence là où cessent :
- l’effort crispé
- la volonté de contrôle
- la comparaison
- le jugement sur ce qui devrait être vécu
Elle est un acte de disponibilité, pas une conquête.
Un espace d’écoute, pas un terrain de compétition.
Parler de défi en méditation, c’est importer dans l’espace intérieur une logique extérieure :
celle de la performance, du mérite, de la réussite.
Or, l’esprit méditatif naît exactement à l’endroit où cette logique se dissout.
2. L’éclairage de la psychologie : quand le « challenge » nourrit le faux self
La psychologie moderne nous aide à comprendre pourquoi cette approche est non seulement confuse, mais parfois contre-productive.
Un défi implique toujours, même implicitement :
- un objectif à atteindre
- une évaluation (ai-je réussi ? échoué ?)
- une pression interne
- une identité conditionnelle : je suis quelqu’un qui médite bien / mal
Autrement dit, le défi active ce que la psychologie appelle le self conditionné : celui qui cherche à être à la hauteur, à correspondre à une norme, à se prouver quelque chose.
Or la méditation authentique vise précisément l’inverse :
- sortir du rapport évaluatif à soi
- desserrer l’identification à l’image de soi
- observer sans se juger
Transformer la méditation en challenge revient donc à renforcer exactement les mécanismes dont elle propose de nous libérer :
- l’auto-contrôle excessif
- l’auto-jugement
- la peur de mal faire
- la culpabilité d’irrégularité
Chez certaines personnes, cela peut même renforcer :
- l’anxiété de performance
- le sentiment d’échec personnel
- le découragement intérieur
Ce n’est pas un hasard si beaucoup disent :
« La méditation, ce n’est pas pour moi, je n’y arrive pas. »
Très souvent, ce n’est pas la méditation qui pose problème, mais la manière dont elle leur a été présentée.
3. L’éclairage des neurosciences : effort, contrôle et système nerveux
Les neurosciences confirment aujourd’hui ce que les sages pressentaient intuitivement.
Lorsque nous abordons une pratique avec :
- une obligation de résultat
- une contrainte temporelle rigide
- une logique de réussite / échec
nous activons principalement :
- les réseaux de contrôle exécutif
- les circuits du stress
- le système nerveux sympathique (mobilisation, vigilance, tension)
Or, les effets profonds de la méditation sont associés à tout autre chose :
- un apaisement du système nerveux
- une diminution de l’hyperactivité de certaines régions impliquées dans la rumination
- une meilleure régulation émotionnelle
- une intégration plus harmonieuse entre les différentes aires cérébrales
Ces effets émergent non pas par la contrainte,
mais par la sécurité intérieure, la régularité souple, la curiosité bienveillante.
Quand la méditation devient un défi, le cerveau reçoit un message paradoxal :
« Détends-toi… mais fais-le bien. »
Ce double message est neurologiquement incohérent.
4. Ce que la méditation est vraiment : une rencontre, pas une épreuve
La méditation n’est pas un entraînement de plus dans une vie déjà saturée d’exigences.
Elle est une pause dans la logique de l’exigence.
Elle ne nous demande pas :
- d’être meilleurs
- d’être plus performants
- d’être plus disciplinés
Elle nous invite à :
- être plus présents
- être plus honnêtes intérieurement
- être plus amicaux envers nous-mêmes
Ce n’est pas un chemin de dépassement,
c’est un chemin de désarmement intérieur.
C’est peut-être cela qui dérange le plus notre culture moderne :
la méditation ne promet pas de devenir quelqu’un d’autre,
elle invite à cesser de se battre contre ce que l’on est.
5. Redonner à la méditation sa juste place
Proposer la méditation comme un défi, c’est souvent bien intentionné.
Mais c’est passer à côté de son essence.
La méditation n’est pas là pour nous ajouter une contrainte.
Elle est là pour ouvrir un espace de respiration dans notre rapport à nous-mêmes.
Elle ne se mesure pas en jours consécutifs,
mais en qualité de présence.
Elle ne se réussit pas.
Elle se vit.
Et parfois, le simple fait de s’asseoir,
sans attente,
sans objectif,
sans défi,
est déjà un acte profondément transformateur.
Par Bruno Lallement
Devenez un ou une ami.e pour vous-même
Ce n’est pas votre vie qui vous épuise,
c’est la façon dont votre esprit la traverse.
Apprenez à retrouver calme, clarté et stabilité intérieure,
grâce à un programme de méditation éprouvé et profondément humain
En ce qui concerne Bruno Lallement
Bruno Lallement enseigne la méditation depuis 1987 après une formation en psychologie et surtout après avoir fréquenté de nombreux sages de diverses traditions
Conférencier, auteur, humaniste et humanitaire, il a également fondé l’association humanitaire Planète Altruiste








